1. Une histoire à deux voix
Comment Ann et Terry Birdgenaw, un couple d’auteurs, en sont-ils venus à écrire deux œuvres parallèles ? Pour Ann, un roman de science-fiction destiné aux adolescents et faisant partie d’une série (non traduite) de romans intitulée Black Hole Radio, et pour Terry, la trilogie de fiction spéculative Planète des Insectes.
La naissance du projet
Le premier livre qu’Ann a écrit fait partie d’une série mettant en scène deux préadolescents, Hawk et Matt, férus d’astronomie et d’informatique. Dans ce premier tome, Hawk, baptisé ainsi en hommage à Stephen Hawking, crée avec Matt un club d’astronomie dont le quartier général est établi dans la remise attenante au garage des parents de Hawk. Les deux garçons voyagent vers une planète lointaine après avoir été aspirés par un vortex créé par une vieille radio stockée dans le garage.
Que feriez-vous en tombant sur un radio-réveil qui continue étrangement à sonner malgré l’absence de piles ?
Le concept de la série d’Ann Birdgenaw intitulée Black Hole Radio est inspiré d’un événement assez mystérieux. Après le décès du grand-oncle paternel des enfants d’Ann, certaines de ses affaires se sont retrouvées dans notre garage lorsque son appartement a été vidé. Comme d’habitude, le garage regorgeait de vieux objets : que ce soit des vélos, des meubles, des cartons, des skateboards… il y avait de tout, sauf des voitures. Et dans l’une de ces boîtes, sans qu’on sache laquelle, un faible bip se déclenchait tous les jours à la même heure. La boîte était difficile d’accès, coincée derrière un tas de bric-à-brac. Cela s’expliquait en partie par la propension des membres de la famille à tout conserver et par l’accumulation des biens hérités non seulement de l’oncle décédé, mais aussi des parents d’Ann, eux aussi décédés peu de temps auparavant.
D’où venait ce bip ?
Le bip a continué quotidiennement pendant des semaines en passant souvent inaperçu, car nous ne l’entendions que lorsque nous entrions dans le garage. Cependant, comme notre deuxième réfrigérateur, une autre armoire à provisions et un congélateur s’y trouvaient, les allers-retours n’y étaient pas rares. Tous les membres de notre famille composée de cinq personnes ont remarqué ce bip et se sont interrogés à son sujet. Un jour, alors que la radio émettait à nouveau ce signal sonore, Ann a été incapable de supporter cette nuisance et ce mystère plus longtemps. Elle s’est frayé un chemin à l’arrière de l’amoncellement et a localisé la boîte fautive. Après l’avoir fouillée, elle y a trouvé un petit radio-réveil. Pour mettre fin à ce désagrément, elle s’est empressée de désactiver l’alarme, ou du moins croyait-elle l’avoir fait.
Pourquoi le bip persistait-il ?
Quelques jours plus tard, lorsque Ann est retournée dans le garage, elle a de nouveau eu la surprise d’entendre un bip provenant de la boîte qu’elle avait précédemment identifiée. Elle a immédiatement sorti le radio-réveil et s’est rendu compte qu’elle avait probablement désactivé l’alarme sans réellement éteindre le radio-réveil, ce qu’elle a alors fait. Quelques jours plus tard, Ann a de nouveau entendu le bip familier en rentrant dans le garage. Elle est donc retournée vers la boîte. Cette fois, elle a ouvert le dos du radio-réveil et a retiré les piles, en pensant que cela réglerait le problème. Mais quelques jours plus tard, lorsqu’elle a découvert que le radio-réveil continuait de biper, elle a levé les bras en signe de capitulation. L’alarme avait certainement une signification, et c’est ainsi qu’est née l’idée de Black Hole Radio. Ann a fini par accepter le bip et a installé le radio-réveil sur l’étagère située à côté de son ordinateur pour qu’il l’inspire dans son écriture. Il y est resté pendant des mois, jusqu’à ce que, selon notre interprétation, une deuxième pile de secours, plus petite, finisse par rendre l’âme. Mais le bip a eu un effet étrangement persistant, parce que le troisième tome de la série était déjà en cours d’écriture, et que le souvenir du radio-réveil y est toujours vivant.
2. Un scientifique devenu auteur de science-fiction ou un écrivain par accident
Relève mon défi !
Si vous avez lu mon premier blog, vous vous rappelez sans doute que ma carrière d’écrivain a commencé sur un coup de tête, ou plutôt à la suite d’un défi. Ma femme Ann est bibliothécaire dans une école et rêve depuis toujours d’être écrivaine. Tout au long de sa vie, elle s’est essayée à différentes intrigues, mais elle n’a jamais vraiment envisagé de publier un livre jusqu’à ce que le mystérieux bip d’un radio-réveil retienne son attention. Comme je l’ai décrit dans mon précédent article, cette radio lui a inspiré une série de romans intitulée Black Hole Radio. D’ailleurs, le troisième tome de cette série sera publié d’ici quelques jours par Dart Frog Books.
Jusqu’alors, je n’avais jamais vraiment envisagé d’écrire de la fiction. En tant que scientifique, j’ai publié plus de 200 articles dans des revues spécialisées, mais j’ai toujours pensé écrire un ouvrage scientifique dans mon domaine de prédilection, s’il m’arrivait un jour de me lancer. Mais tout comme je me suis formé par accident à ma discipline scientifique, c’est aussi par accident qu’il m’est aussi arrivé de me lancer dans l’écriture d’un roman de science-fiction quarante ans plus tard.
Une intrigue qui se dessine
Quand j’y repense aujourd’hui, je n’aurais sûrement pas su quoi répondre si l’on m’avait demandé quel serait le sujet de mon hypothétique roman. Et pourtant, dans Black Hole Radio, un groupe d’insectes de Bilaluna est confronté à une crise climatique. Ma femme m’a chargé d’écrire l’histoire qui précède cet événement. Soudain, je me suis retrouvé avec un sujet, aussi étrange soit-il. Décrire un dictateur autoritaire à l’origine d’une crise climatique était trop complexe pour un livre destiné aux adolescents, mais cela convenait parfaitement comme trame de fond pour un roman destiné à un public de jeunes adultes et d’adultes. J’avais donc mon intrigue principale : envoyer les insectes de la Terre sur Caca-ponique et les faire évoluer au point de devenir des êtres intelligents capables de créer d’énormes cyborgs insectoïdes de taille humaine. Ensuite, j’allais devoir les amener à créer les conditions environnementales susceptibles de provoquer une catastrophe climatique. Par ailleurs, certains d’entre eux devraient s’échapper vers Bilaluna, où ils reproduiraient les mêmes erreurs. Ces insectes seraient intelligents, mais pas très avisés.
D’une nouvelle est né un roman
C’est donc lors d’un voyage à Puerto Plata pour le réveillon du Nouvel An, en 2020, que j’ai décidé de me lancer dans cette aventure littéraire. Les suggestions que j’avais faites à Ann pour son histoire rappelaient un peu La Ferme des animaux, avec les dirigeants de Caca-ponique devenant despotiques et niant l’existence d’une crise climatique. Mais plutôt que de faire référence, comme dans ce célèbre roman, au communisme défaillant, mon histoire illustrerait les dérives de la démocratie. Je me suis inspiré des démocraties défaillantes de notre monde et des tendances autoritaires du président américain de l’époque. Le soir du réveillon, j’ai relu La Ferme des animaux pour me mettre dans l’ambiance et j’ai commencé ma nouvelle le 1er janvier 2020.
Même si je ne connaissais pas ces termes à l’époque, j’ai rapidement découvert que j’étais plus un « écrivain intuitif » qu’un « écrivain architecte ». J’avais une intrigue de base qui se limitait aux contours définis par le livre de ma femme, mais je n’avais pas de trame détaillée. Malgré cela, les mots ont jailli d’eux-mêmes, comme on dit. Écrite pour moitié pendant une semaine de vacances et pour l’autre moitié dans le train entre mon domicile et mon lieu de travail, ma nouvelle de 26 000 mots, Le Fléau de Caca-ponique, a été achevée en trois semaines.
Cependant, n’étant qu’un écrivain novice, je me suis demandé si je ne devais pas retravailler mon texte. J’ai donc essayé d’en apprendre autant que possible sur l’écriture de fiction et j’ai trouvé diverses vidéos en ligne sur des sites tels que « I Writerly » et d’autres. Ensuite, j’ai mis en pratique ce que j’avais appris pour améliorer mes compétences. Mais j’avais encore besoin d’être rassuré sur la qualité de mon histoire. J’ai suivi des conseils trouvés en ligne pour dénicher des lecteurs et des éditeurs, et j’ai obtenu d’excellents commentaires de la part de quelques bêta-lecteurs que j’ai trouvés sur Fiverr. Puis le confinement imposé par la COVID-19 m’a donné le temps dont j’avais tant besoin pour écrire.
Une fois que ma nouvelle a eu atteint 35 000 mots, j’ai découvert Nina Munteanu, coach littéraire et correctrice, qui a complètement changé ma vision de l’écriture de fiction. Notre rencontre semblait prédestinée, car comme moi, Nina est une scientifique et autrice de science-fiction qui s’est reconvertie dans l’enseignement de l’écriture créative. Scientifique elle-même, elle comprenait ma façon de fonctionner et pouvait adapter ses conseils à mes points forts en matière d’écriture et de recherche et, plus important, à mes points faibles. Comme la plupart d’entre eux le savent, les scientifiques sont conditionnés à penser que rien n’est jamais prouvé et que les découvertes ne font que corroborer des théories. Ce principe conduit souvent les auteurs scientifiques à utiliser la voix passive. Nina m’a aidé à m’en défaire. Mais plus encore, elle a identifié toutes les failles de ma nouvelle et m’a guidé pour les corriger. L’un des principaux problèmes était que j’avais écrit mon histoire sous la forme du témoignage d’un historien extraterrestre qui s’adressait aux Terriens. Grâce à ses conseils avisés, Nina m’a aidé à transformer mon récit historique en une histoire comportant davantage de dialogues et de scènes d’action. Elle m’a enseigné les bases de l’écriture fictionnelle à l’aide de suggestions détaillées, et non de corrections. Elle m’a surpris par le nombre ahurissant de scènes qu’elle m’a demandé d’ajouter. Mais de ce fait, elle a libéré une créativité que je ne soupçonnais pas, et ma nouvelle s’est transformée en roman.
Un roman qui engendre une trilogie
Avance rapide jusqu’en octobre 2021. Après deux cycles de révision par Nina et l’ajout de plusieurs scènes d’action, mon histoire comptait désormais 133 000 mots. À ce stade, je l’ai rebaptisée Grandeur et décadence de la fourmocratie. En attendant la contribution d’un dernier bêta-lecteur, j’ai décidé, fin octobre, de participer au Nanowrimo21, le défi national d’écriture du mois de novembre 2021, afin de rédiger la suite de mon roman. Je n’avais aucune idée de ce que serait cette suite, à part que je voulais y créer une ambiance dans le genre de 1984 ou du Meilleur des mondes. Heureusement que je suis du genre intuitif, car ce projet m’obligeait à me lancer à corps perdu dans l’écriture d’un roman de 50 000 mots en 30 jours. Grâce à cet exercice, j’ai découvert à quel point j’aimais la fiction. En plus, pour le moment, le syndrome de la page blanche ne semblait pas faire partie de mes soucis. J’ai terminé le mois avec un roman quasi achevé de 53 000 mots. Mission accomplie !
Après trois bêta-lectures et une nouvelle série de corrections de Nina, mon histoire s’est étoffée pour atteindre pas moins de 82 000 mots. Une fois encore, les commentaires des nouveaux lecteurs m’ont été précieux. Celui d’un des bêta-lecteurs m’a beaucoup encouragé : il m’a dit que si je parvenais à corriger ce qui n’allait pas dans les trois premiers quarts du livre, ce serait le meilleur livre qu’il ait jamais lu. Waouh ! C’était peut-être un compliment ambivalent, mais il m’a ravi, car je savais quoi faire pour améliorer le début et le milieu du livre.
Peu après, je me suis retrouvé avec un long roman que Nina m’a suggéré de raccourcir de 30 % et une suite d’une longueur à peu près convenable. Pendant que je raccourcissais le premier tome, je me suis rendu compte qu’il valait peut-être mieux le diviser en deux. À l’origine, j’avais divisé l’histoire en quatre parties que j’avais qualifiées d’époques historiques, la première décrivant l’histoire ancienne de la planète. Elle racontait donc l’arrivée des insectes, puis le développement et la survie de la colonie au cours de la première génération. Comme plusieurs millions d’années s’écoulaient entre la première époque et les suivantes, je me suis rendu compte qu’il valait mieux diviser le livre en deux parties, en consacrant à la première époque un roman plus court. C’est ainsi que j’ai conçu L’Histoire de Fourmuna, premier tome de la Planète des Insectes, après y avoir ajouté quelques éléments. J’avais désormais une trilogie composée de L’Histoire de Fourmuna (45 000 mots), L’Essor et le déclin de la fourmocracy (75 000 mots) et L’Union de fourmuniens (95 000 mots). Ma nouvelle était finalement devenue une trilogie. Incroyable ! J’avais l’impression d’être devenu un véritable écrivain, que ce soit par accident ou non. Et aujourd’hui, trois ans plus tard, le premier livre a été traduit en français par Aurélie Coquel, de Literary Queens, sous le titre L’Histoire de Fourmuna.
3. Quelle aventure !
Bizarreries et anecdotes
Si vous avez lu mes précédents articles, vous savez que la genèse de mon premier livre, qui a donné naissance à une trilogie, est quelque peu atypique. Il met en scène les péripéties de cyborgs insectoïdes géants qui vivent sur une planète lointaine et doivent affronter un dictateur en plus d’une catastrophe climatique. Malgré l’absurdité de l’intrigue, je me suis lancé dans cette aventure pour imaginer une histoire se passant avant celle du roman pour adolescents écrit par ma femme. Au diable les tendances littéraires, la trilogie ne parle pas de zombies ! L’un des premiers lecteurs de la première version de mon roman, un grand nom de la littérature de climate-fiction, lui a attribué 8 étoiles, mais m’a assuré que je ne réussirais pas à le faire publier par une maison d’édition traditionnelle. J’aurais dû le croire, mais c’est peut-être parce que je ne l’ai pas fait que l’histoire s’est grandement étoffée et grandement améliorée.
Pourquoi une si bonne note, mais une si mauvaise prévision de publication ? Je pense que mon lecteur a basé son verdict sur l’intrigue originale que j’avais épousée (le jeu de mots est volontaire). Et selon moi, son excellente note découlait du fait que le lecteur avait apprécié mon style d’écriture inhabituel. Pourquoi inhabituel ? Imaginez un scientifique qui prend le masque d’une fourmi historienne et qui écrit une allégorie satirique à propos de l’agressivité humaine et des travers associés à la cupidité, au pouvoir et à la haine de l’autre. Le postulat est tellement ridicule que le style devait être du même acabit, j’ai donc laissé libre cours à mon humour et ajouté quelques traits d’esprit pour agrémenter le tout. Par exemple, l’éloquence fourmoliérienne, qui fait parler les fourmis en rimes. Pourquoi cela ? Mes premiers jets ont été largement inspirés d’American News qui reportait les gaffes du président Trump et de son administration.
Je me demandais comment satiriser des déclarations telles que celles qui portent sur les « faits alternatifs » et le « génie stable », alors que ces propos sont déjà tellement grotesques ! J’en ai conclu qu’il fallait pousser le ridicule encore plus loin et faire déclamer des vers à des insectes ! Mais alors, si l’on rendait l’histoire encore plus grotesque, avec des insectes qui parlent en rimes et abordent la politique comme dans les livres du Dr Seuss, comment mon narrateur, une fourmi historienne, pourrait-il rester crédible ? Je me suis à nouveau tourné vers la poésie. À cette époque, je relisais l’un de mes livres préférés, Les Garennes de Watership Down, de Richard Adams.
Je me suis inspiré du choix d’Adams de placer un poème contemplatif avant chaque chapitre. Mais au lieu d’utiliser ceux d’autres auteurs, j’ai décidé que mon narrateur les écrirait lui-même. Ce choix était logique : dans une civilisation idolâtrant les rimes, le narrateur ne pouvait qu’aimer la poésie. Et pour contrebalancer le caractère saugrenu de l’éloquence fourmoliérenne, je voulais que les poèmes de Fourmiconteur soient sérieux, profonds et spirituels.
Enfin, j’ai utilisé une troisième technique décalée pour justifier toutes les allusions à la civilisation humaine. Comment des fourmis qui ont quitté la Terre à l’époque préhistorique pouvaient-elles faire référence à des choses que seuls les humains connaissent ? Pour cela, j’ai inséré l’histoire dans une interview de Fourmiconteur par un podcasteur humain, ce qui offrait toute la liberté nécessaire puisque ces insectes extraterrestres intelligents et les humains s’étaient déjà rencontrés. Fourmiconteur, qui se présente comme un humanologue amateur, a écrit l’histoire de sa planète pour un public humain, sous forme de conte moral.
Les demandes s’empilent
Malgré les avertissements de mon premier lecteur, j’ai quand même franchi le pas et envoyé mon roman à plusieurs éditeurs. Comme la plupart des auteurs, je considérais cela comme un mal nécessaire. Contrairement à certains, je ne voyais pas d’inconvénient à répondre à toutes les demandes de synopsis, de résumés, de biographies, de présentations, de phrases d’accroche et de stratégies marketing. J’ai trouvé ces exercices difficiles, mais j’ai fini par m’améliorer au fil du temps.
J’avais un tableau Excel pour répertorier tous les agents et les petites maisons d’édition que je contactais. J’ai écumé Internet à la recherche de potentiels éditeurs et d’attachés de presse. Certains ne m’ont jamais répondu, d’autres m’ont envoyé des lettres de refus succinctes, d’autres encore m’ont expliqué leur décision, certains m’ont demandé le manuscrit complet, et de plus rares sont allés jusqu’à me demander une version révisée après m’avoir fait des suggestions d’amélioration. Cela en fait un bon nombre. Certains ont nagé autour de mes appâts, quelques-uns y ont goûté, mais personne n’a mordu à l’hameçon.
En deux ans, cinquante-six agents et quatre-vingt-six éditeurs ont rejeté ou ignoré mes demandes. Je ne peux pas en vouloir aux premiers, car j’ai commis une erreur de débutant en me lançant trop tôt, et pour les autres, je suppose que mon roman ne leur plaisait pas. Mais j’ai adoré tenter ma chance. Même si chaque refus était difficile à accepter, j’avais parfois envie d’en recevoir un, juste pour avoir un retour d’information. C’est quand ma boîte mail professionnelle était vide que j’étais le plus déprimé. Et après cette première critique 8 étoiles, après tous les refus et les « vous devriez soumettre votre manuscrit à notre division à compte d’auteur », j’ai compris que je devais améliorer mon manuscrit.
Je l’ai donc soumis à des conseillers éditoriaux, des réviseurs, des bêta-lecteurs, des correcteurs et à ma femme, ma partenaire de lecture, qui est à l’origine de toute cette histoire. Tous les retours que j’ai reçus étaient formidables et m’ont donné envie de continuer à écrire. En attendant une dernière relecture bêta, j’ai rédigé une suite sur le conseil d’une correctrice qui m’avait recommandé d’écrire autre chose pour prendre un peu de recul. Je me suis également rendu compte que mon premier roman, trop long, pouvait être scindé en deux, car il présentait une division naturelle.
Puis, à un moment donné, je me suis dit : « Il est prêt à être autopublié, alors je vais suivre le conseil que m’a donné mon premier lecteur il y a près de deux ans. » Mais à ce moment-là, après deux livres et un troisième en cours d’écriture, j’avais une trilogie. Bon, il fallait désormais que ça se vende ! Qui ne voudrait pas lire trois allégories politiques teintées de satire, inspirées des Garennes de Watership Down, de La Ferme des animaux, de 1984 et du Meilleur des mondes ? Mais d’un autre côté, qui s’intéresserait à un truc pareil ? Seul le temps répondrait à cette question, mais en tout cas, moi, je trouvais ça génial ! Et maintenant, j’en suis à la troisième étape de cette autre trilogie : l’écriture, la recherche d’éditeurs et le marketing. Après trois ans et plusieurs distinctions remportées par les trois livres de la trilogie, le premier a été traduit par Aurélie Coquel, de Literary Queens, sous le titre L’Histoire de Fourmuna.
4. À qui s’adresse ce livre ?
Source d’inspiration pour notre époque
Un critique m’a demandé à quel type de public s’adressait mon livre, L’Histoire de Fourmuna. Ce n’est pas une question qui préoccupe les lecteurs, car le livre a obtenu une note de 4,6 sur Amazon et a déjà reçu plusieurs prix. Pourtant, cette question m’avait déjà été posée auparavant, et j’avais eu beaucoup de mal à décider du marché sur lequel promouvoir ce livre, le premier volet de ma trilogie Planète des Insectes. Après mûre réflexion, j’ai décidé de cibler un public de jeunes adultes avec toute la trilogie Planète des Insectes, y compris le premier tome. Ce n’est pas le genre de livre que les jeunes ont l’habitude de lire de nos jours, mais j’ai pensé que c’était une lecture utile en cette période troublée, où l’Europe et le Moyen-Orient sont à nouveau en guerre et où la démocratie est menacée partout dans le monde. Les enfants grandissent vite de nos jours, et ce ne sont pas seulement les dessins animés et les films qu’ils regardent ou les jeux vidéo auxquels ils jouent qui perdent l’esprit de l’enfance, mais c’est tout leur monde. La dernière fois que notre planète a connu une telle période de bouleversements, des chefs-d’œuvre classiques tels que La Ferme des animaux ont vu le jour et ont permis à des générations de jeunes gens de s’imprégner de leurs messages. Nous avons à nouveau besoin d’une telle inspiration.
L’enjeu des jeux de mots
J’utilise les slogans suivants pour promouvoir ma trilogie : « Une allégorie contemporaine. Une thrillogie pour tous les âges. » Il y a un jeu de mots sur « thriller » et « trilogie », mais il y en a aussi un sur le mot « âges », car j’espère que ce livre résistera à l’épreuve du temps. En effet, l’histoire se répète et les thèmes que j’aborde sont intemporels. Cependant, en choisissant cette formulation, je voulais également dire que la trilogie est destinée à un lectorat de tous âges, ce qui vaut également pour L’Histoire de Fourmuna. La trilogie est avant tout écrite pour les adolescents et les jeunes adultes et se veut un récit initiatique grâce auquel les jeunes lecteurs peuvent se rappeler avec tendresse l’innocence de l’enfant qu’ils étaient encore récemment, tout en prenant conscience de la dureté du monde réel d’aujourd’hui. Je n’entends pas « récit initiatique » au sens traditionnel du terme, c’est-à-dire de la compréhension des changements physiques d’un adolescent ou de l’évolution de ses relations avec ses pairs, mais plutôt au sens de la façon dont il perçoit le monde à une échelle plus large, au fil de sa prise de conscience de ce qui se passe sur la planète.
L’allégorie est partout
Comme La Ferme des animaux, le récit est composé d’allégories et les personnages ne sont pas humains. Dans cette trilogie, ce sont des insectes, qui paraissent au premier abord gentils et capricieux, mais tout comme dans le monde cruel des insectes, les apparences sont trompeuses. Malgré la présence d’insectes pouvant rappeler ceux de 1001 Pattes ou de Fourmiz, la trilogie et L’Histoire de Fourmuna ne sont pas des livres pour enfants. Toutefois, en disant « pour tous les âges », je sous-entends que ma trilogie s’adresse également aux adultes, en particulier à ceux qui aspirent à renouer avec l’innocence de leur jeunesse, mais qui apprécient également un regard satirique sur le monde actuel. Il est vrai que L’Histoire de Fourmuna ressemble, au début, à un livre pour enfants, mais il s’agit là de l’une des clés de l’allégorie. À première vue, la vie semble simple, mais nous découvrons peu à peu qu’elle s’avère bien plus compliquée.
Enrichissez votre vocabulaire S’il est vrai que certains mots peuvent sembler compliqués pour des adolescents et de jeunes adultes, n’est-ce pas justement l’intérêt de la lecture ? En tant qu’auteur, j’ai moi-même souvent utilisé un dictionnaire des synonymes pour écrire ce livre, alors pourquoi ne devrais-je pas m’attendre à ce que les jeunes lecteurs aient besoin d’un dictionnaire usuel ou d’un dictionnaire des synonymes pour mieux comprendre mon ouvrage ? Durant toute ma carrière d’enseignant, j’ai toujours encouragé mes élèves à apprendre de nouveaux concepts. Pourquoi changer d’approche une fois devenu auteur ? Et puis je me souviens avoir beaucoup aimé lire ma première pièce de Shakespeare à l’âge de 15 ans, même si je ne comprenais pas la moitié de ce que je lisais. J’espère que tous ceux qui liront L’Histoire de Fourmuna se laisseront simplement emporter par l’histoire et ne resteront pas bloqués sur la question du public auquel elle est destinée. Et si vous n’arrivez pas à y accrocher, offrez-la à un adolescent de 14 ans et demandez-lui de vous la raconter quand il l’aura terminée.

